Arnaud Dolmen – batterie et percussions
Categories: Jazz en Guadeloupe
Arnaud Dolmen est un jeune batteur guadeloupéen. Né à Paris, il retourne en Guadeloupe à l’âge de cinq ans. Ayant déjà suivi de l’initiation musicale en métropole, c’est tout naturellement qu’il se retrouve inscrit à l’Atelier Marcel Lollia – Vélo – dirigé par Georges Troupé à Sainte-Anne. Il étudie le ka et se découvre rapidement une véritable passion pour l’instrument. Au sein de l’école il prend des cours de batterie auprès de Georges Troupé et de Sonny Troupé, et progresse rapidement. Ainsi, il intègre Kimbol, l’orchestre des jeunes de l’école, à l’âge de onze ans, et participe à de nombreux concerts et festivals dont les Orchestrades de Brive et celles de la Caraïbe, ainsi qu’à plusieurs émissions de télévision. Il participe à l’enregistrement de « Konfians pou demen » en 2004. A sa majorité, Arnaud s’installe en métropole et poursuit ses études à l’école Dante Agostini de Toulouse, qui se concluent par un brillant premier prix à l’unanimité du jury.
Très vite remarqué, Arnaud est demandé par de nombreux artistes caribéens, et bénéficie du parrainage de son « grand frère » Sonny Troupé. Il joue avec Jacques Schwarz-Bart, Mario Canonge ou encore Alain Jean-Marie. En 2006, c’est Franck Nicolas qui l’appelle pour jouer sur l’album « Maman Gwada » auprès de Keyko Nimsay, Jean-Christophe Maillard et Sonny Troupé. Il fait également partie des projets de Jonathan Jurion – et réciproquement d’ailleurs – et joue régulièrement en concert avec lui. La chanteuse Keyko Nimsay le rappelle pour son disque « Keyko’s Dream » qui sort en 2008. Cette même année, il rejoint Caraib II Jazz sur la grande scène du Festival de Jazz de Pointe-à-Pitre sur la place de la Victoire.
En 2010, Jacques Schwarz-Bart l’intègre à son équipe pour se rendre à Tokyo, enregistrer sur l’album du guitariste japonais Yosuke Onuma « Jam Ka ». En fin d’année, retour au Festival de Jazz de Pointe-à-Pitre – désormais IloJazz – pour accompagner Fabrice Fanfant et Sa Nou Yé, jouer avec le quartet de Sonny Troupé et partager la scène avec le bassiste Chyco Simeon, venu présenter le répertoire de son album « Ozanam ». L’année suivante, Tony Chasseur fait appel à lui pour participer au deuxième volume de son aventure en big band, Mizikopéyi, « Ka wouvè zel-li ».
En 2012 on retrouve Arnaud aux côtés de Mario Canonge au New Morning pour la présentation de l’album « Mitan ». Il fait également les beaux jours des Caribéennes de Mai avec le trio de Jonathan Jurion. Plus tard on retrouve Arnaud en Guadeloupe pour l’édition de la Première Rencontre autour du Piano, et pour l’occasion avec le pianiste guyanais – d’adoption – Dominique Leblanc, ainsi qu’en Martinique pour participer au Biguine Jazz Festival. C’est un projet original qui l’amène là, sous l’impulsion du saxophoniste Jean-Rémy Guédon ; celui-ci a monté un projet caribéen à la suite de ses rencontres avec Dédé Saint-Prix et Christian Laviso, et appuyé par Thierry Jasmin-Banaré à la basse. L’ensemble donne d’ailleurs lieu à un disque, « Kaladjazz » qui sort en fin d’année.
Fin 2012, Franck Nicolas fait de nouveau appel à Arnaud pour le volume 7 de sa Jazz Ka Philosphy. Avec le pianiste Grégory Privat, ils enregistrent ainsi « Psychédélick Trio » qui mêle jazz, ka et fusion électrique. Par ailleurs, et outre le trio avec Jonathan Jurion, Arnaud commence également à penser sérieusement à sa propre musique et teste ses compositions en résidence au Baiser Salé. Un album est en vue dans un avenir proche.
Christophe Jenny
- La page d’Arnaud Dolmen sur FaceBook : https://www.facebook.com/arnaud.dolmen
Discographie
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Psychédélick Trio - 2013 – Franck Nicolas – avec Franck Nicolas (tp), Grégory Privat (keys) & Arnaud Dolmen (dms) + Sylvain Joseph (sax), Frantz Fléreau (boula gel) & Pascal Corriu (g) | ||
| Kaladjazz – 2012 – Jean-Rémy Guédon – avec Jean-Rémy Guédon (sax), Christian Laviso (g), Dédé Saint-Prix (perc), Thierry Jasmin-Banaré (b) & Arnaud Dolmen (dms) | |||
| Jam Ka – 2010 – Onume Yosuka – avec Onume Yosuka (g), Jacques Schwarz-Bart (sax), Milan Milanovic (pno), Olivier Juste (ka), Arnaud Dolmen (ka) | |||
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Keyko’s Dream – 2008 – Keyko Nimsay – avec Keyko Nimsay (vcls), Franck Nicolas (tp, conque), Mario Canonge (pno & rhodes), Michel Alibo (b), Karim Ziad (dms), Jhasser al Youssef (vln), Arnaud Dolmen (ka) | ||
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Maman Gwada - 2006 – Franck Nicolas – avec Franck Nicolas (tp, vcl, conque), Keyko Nimsay (vcl), Jean-Christophe Maillard (g), Frédéric Léger (cb), Louis Allèbe Montjoly de Montaigne (balafon, tabla, kalimba, ti-bwa, perc), Sonny Troupé (marker ka), Michael Voitus (boula ka), Arnaud Dolmen (marker ka) | ||
| Konfians pou Demen – 2004 – Kimbol – avec Sonny Troupé (Percussions & batterie), Georges Troupé (Saxophone), Michael Voitus (Ka – boula), Arnaud Dolmen (Batterie & Ka maké)… |





Depuis février, Etienne Mbappé est en résidence au Baiser Salé, chez lui en quelques sorte, et rôde, chaque mois un peu plus, le répertoire de son troisième album, à venir à l’automne. Pour cette série de concerts parisiens, réclamés par la jeune garde, Su La Také est au grand complet. On retrouve donc avec grand plaisir Cédric Baud à la guitare et Clément Janinet au violon. Les deux sont capables du meilleur, et voyagent du jazz à l’Afrique, du rock aux pays celtes, donnant aux compositions du groupe un sel inimitable. Etienne Mbappé a aussi le chic pour dénicher les nouveaux talents. Il y a quelques années, il avait repéré les frères Grandcamp, Jim et John, dans les couloirs du métro parisien. Respectivement à la batterie et à la guitare, ils avaient fait les beaux jours du répertoire de l’album Misiya, s’étaient peu à peu installés sur la scène de la rue des Lombards, et tournent désormais régulièrement avec les musiciens qui les ont repérés. Ces dernières années, Etienne a entre autres joué plusieurs fois dans le cadre du festival de jazz de Nice. C’est là que Nicolas Viccaro a forcé sa chance en insistant auprès du bassiste pour pouvoir jouer avec lui lors des jams de fin de soirée. Et il a bien fait. Il tient désormais la batterie du groupe avec un jeu époustouflant.
Mais l’autre figure de Su La Také, c’est Cate Petit, « la patronne » comme l’appelle affectueusement Etienne. Le groupe, dont elle fait partie depuis les débuts, n’aurait pas sans elle cette identité unique. Avec Etienne, elle en est l’image – par la danse – et la voix – et la langue ! Elle y prend un plaisir certain, a fait sienne cette culture avec maestria, sans pour autant se défaire de ses propres origines. Ils forment ainsi un duo rassurant pour les « jeunes », encore qu’avec le temps ceux-ci en ont de moins en moins besoin.
« C’est pas du jazz ! » Cri de ralliement trop souvent entendu, de la part de ceux qui ne sont rassurés qu’une fois toute chose mise dans une case, sans déborder, sans qu’une tête dépasse… « C’est pas du jazz ! », crié haut et fort par ceux qui croient défendre LE jazz, alors que cela démontre justement qu’ils n’ont rien compris à l’affaire. Le jazz n’existe pas – mais l’esprit du jazz oui bien sûr ! -, ne se range pas dans une boite, ne se classe pas, et surtout, n’est absolument pas – et par définition – la vérité d’un seul et unique courant musical. C’est même tout le contraire. Et j’adhère donc fortement au coup de gueule de Steeve Delblond, qui répond de manière on ne peut plus constructive avec cette initiative rassembleuse, la création de la première édition du festival « C’est pas du jazz », qui justement, n’est que jazz !


Jimmy Felvia débute le piano à l’âge de sept ans avec le clarinettiste Barrel Coppet qui lui apprend les bases de la musique antillaise. En 2002, il s’installe à Paris et intègre la Bill Evans Piano Academy, où il est formé par Bernard Maury. Pendant ses années d’études, il s’entoure de jeunes musiciens de talent et crée le Jimmy Felvia trio qui mélange le jazz aux rythmes caribéens. Son premier album, Sweet Caraïbe, sort en 2007 et remporte un franc succès aux Antilles Guyane. Jimmy Felvia revient aujourd’hui avec un deuxième album, Spirit Up trio, formé avec Thierry Jean-Pierre (b) et Thomas Bellon (dms), et avec la participation de Jean-Michel Rotin, E.sy Kennenga, Méthi’s ou encore les rappeurs Afu-ra et Kao. Spirit Up trio est donc un mélange savant de jazz, new soul et hip hop, mais toujours référent aux musiques traditionnelles de Martinique. Urban Caribbean jazz en somme, un mélange énergique et clairement taillé pour la scène.
C’est en quartet acoustique qu’Hervé Celcal nous présente son Bel Air for piano, qui parait également ce mois-ci. Les variations jazz sur le Bèlè de Martinique ont probablement moins été médiatisées ces dernières années que ce qui a été produit autour du Gwoka depuis les réalisations de Gérard Lockel, Horizon, Kafé, Jacques Schwarz-Bart ou Franck Nicolas pour n’en citer que quelques-uns. Il ne faut cependant pas oublier par exemple l’explosive X-trem Jam de Jeff Baillard, et le fait que la majorité des pianistes cités plus haut en ont à un moment ou à un autre intégré les rythmes dans leur musique. Et d’ailleurs aujourd’hui, c’est Franck Nicolas qui s’intéresse à son tour à ces rythmes.

Après l’expérience Maggnetick dans les années 90, Franck Nicolas a jeté les bases de son mariage entre le jazz et le gwoka, sa Jazz Ka Philosophy. En 2002 paraissait le premier album de la série, enregistré à New York avec Alain Jean-Marie, Jacques Schwarz-Bart, Magic Malik, Lonnie Plaxico, Joby Julienne, Luis Allèbe Montjoly de Montaigne et Sonny Troupé. Tout de même ! Les fondements étaient posés, et de quelle manière. L’inspiration de Franck vient de ses racines antillaises multiples, indiens Caraïbes et esclaves africains, et se décline dans les rythmes du gwoka, l’utilisation de la conque à lambi ou de la flûte amérindienne. Mélangé au jazz – et en particulier à son admiration pour Miles Davis – il en est donc sorti cette Jazz Ka Philosophy qu’il décline depuis sous ces formes les plus variées. Avec Papillon Ka, il explore la formule minimale du trio, voire même du duo. Il monte une fanfare ka qui défile régulièrement dans les festivals du Sud de la France – et dont l’enregistrement est prévu incessamment. En 2010, il consacre un volet complet de Jazz Ka Philosophy à l’utilisation des conques, préparées avec perfection par Martial Rancé. Pour cet album, Kokiyaj, il s’appuie sur Alain Jean-Marie qu’il arrive même à asseoir derrière un Rhodes ! L’idée de pousser le concept jusqu’au bout n’était plus très loin. Elle va se concrétiser dans les deux derniers disques parus à ce jour dans la série : Trio Zalizé et Psychédélick Trio.
Un pari osé. Ne s’appuyer que sur la basse pour soutenir et harmoniser un disque de jazz-ka. Il n’y avait qu’un seul moyen de s’en sortir, faire appel au plus polyvalent, acrobatique et virtuose des bassistes d’aujourd’hui, l’unique Michel Alibo. C’est lui le pilier de ce Trio Zalizé, appuyé également par un Sonny Troupé prolifique, chargé de remplir l’espace, ce qu’il fait avec un rare bonheur. Une fois la base assurée, Franck, libéré, peut s’exprimer sans contrainte. Dès « Kanoa », premier morceau de l’album, le ton est donné, et le vertigineux quatre/quatre entre Michel et Sonny situe d’emblée un album certes extrêmement technique, mais justement parfaitement écoutable et abordable, la marque des grands. Franck alterne conques et trompettes, place des ballades pour nous laisser souffler et mieux repartir ensuite, et brode des mélodies toujours attachantes qui font sa marque depuis le début. L’Afrique fait aussi une entrée marquée dans ce volume de Jazz Ka Philosophy. D’abord sous la forme des voix qui parsèment l’album, du Congo au Cameroun, avec le grand Emmanuel Djob, la prometteuse Ariane Nsilulu-Osseby ou encore Soliac Matsimba. Je n’oublie pas que le fidèle Sylvain Padra ramène également la Martinique sur Trio Zalizé ! Et puis dans les compositions également, avec ce « Taxi-Brousse » qui nous emmène sur les pistes d’Afrique centrale, et pour lequel Michel Alibo a puisé dans les souvenirs de son adolescence à Douala. Un pari gagné donc, qui fait de ce Trio Zalizé sans nul doute l’un des volumes les plus énergisant de la série (mais attendez la suite !). On prend un réel plaisir à profiter de l’exubérance des trois complices, utilisant l’espace qui leur est offert apparemment presque sans contraintes… Et pourtant !
Après la basse, les claviers. Toujours en trio, Franck voulait explorer les possibilités quasi sans limites de quelques vieux claviers mythiques comme le Rhodes et surtout le Moog. Il en a confié les clés à l’excellent Grégory Privat, jeune pianiste à la palette à la fois technique et sensible, et avide de nouvelles expériences. A charge pour lui d’assurer également les basses – droits et devoirs ! Du côté des fûts, Franck est allé chercher Arnaud Dolmen, également jeune prodige, élevé à l’école de Sonny Troupé, et également membre à part entière de cette jeune génération de musiciens antillais qui écument ces dernières années les clubs de jazz parisien, tout en étant régulièrement appelés par leurs ainés et mentors pour les accompagner sur les scènes du monde. Bref, du beau monde pour constituer un Psychédélick trio d’exception. L’album s’ouvre sur « Rovélas », et d’ailleurs l’album est dédié à ce grand peintre guadeloupéen dont les œuvres illustrent depuis le début de la Jazz-Ka Philosophy les couvertures de Franck. Boulagyel et Moog pour ouvrir le bal… Mélange improbable mais qui prend d’emblée ! Ce Psychédélick Trio navigue entre gwoka, jazz et biguine, entre virtuosité et mélodies – vous fondrez probablement sur « Schabines Land », avec également Sylvain Joseph au saxophone. Il y a souvent un brin de nostalgie dans les compositions de Franck, mais aussi de l’urgence et ici en plus l’influence nette de la fusion qui rappelle les premières inspirations de Maggnetick. Le titre « Psychédélick Moustick » en est l’illustration parfaite. Et puis d’ailleurs, sur la transe de « Mangrove Groove », on retrouve l’excellent Pascal Corriu à la guitare, retour des anciens complices ! Un disque riche et diversifié, qui alterne savamment les humeurs pour vous déposer au bout du voyage, des images plein la tête, sur une petite surprise qui referme avec grâce un album tout en couleurs.
Trio Zalizé (2012) – Franck Nicolas avec Michel Alibo & Sonny Troupé – invités Sylvain Padra, Emmanuel Djob, Ariane Nsilulu-Osseby et Soliac Matsimba.